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BERTRAND MUGABURE :CONTRE L’OBSCUR
par Jean-Paul Gavard-Perret.
La
peinture de Bertrand Mugabure ouvre une entée secrète
dans l'inconscient. Elle en épouse le silence apparent :
l'artiste le rompt à travers ses peintures qui deviennent des
connaissances des profondeurs, des connaissances sans connaissance
puisque l'artiste s'il ouvre ne fournit pas de clés. Il se
contente d'illuminer l'obscur.
Il confie aux couleurs la capacité de sortir de l'ombre si bien
que devant ses toiles les pensées font route sans rayon
limité autour d'elles. Il faut se laisser envahir à celui
qui, adepte des glissements, propose dans chaque toile non un
arrêt mais un voyage. A sa manière sa peinture dit non au
rectangle mais sans pour autant chercher à en "arrondir ses
angles".
Par des œuvres qui deviennent des unions libres le secret demeure
en l’état. Son "quant à soi" en demeure la
condition nécessaire. Il vient mettre à mal les
vérités d'usage sur ce qu’on nomme
révélation. Bertrand Mugabure n'impose rien : cela
ne veut pas dire que sa peinture avance masquée. Elle
représente en ses arcanes ce que Leliana Klein nomme "le langage
obligé de la peinture". Celui qui ne révèle
pas à travers ce qu’il raconte et narre mais par ce
qu’il produit
A travers cette peinture se retrouve tant de choses laissées sur
le bas côté de l’existence. Cela permet de saisir
quelques éléments du secret de l’intime. A chaque
spectateur d’en faire l’usage qui lui plaira.. Ni absurde
félicité ni abus de confiance, la peinture de
Mugabure parce qu'elle n'a plus besoin de nier ou d'affirmer
reste la seule réponse que l'on se donne au silence qu’on
se donne.
Il ne faut donc pas chercher ce que l’œuvre cache, mais
juste se laisser prendre à perte de vue en sa propension
païenne à percer la nuit de l'être. Celle-ci
nous hante encore mais la peinture de Mugabure n'arrête jamais de
nous en détacher, de la soulever par sa flamme, sa folie,
son suspens, son vertige. Par elle surgit l’adhérence
étroite à ce qu'il en est de soi, sur ce que l’on
ignore et qui n’a pas de nom.
Jean-Paul Gavard-Perret
 Né
en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est
maître de conférence en communication à
l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion
littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine
d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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| SudOuest
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